La CECA (Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier)

Pressions politiques contre la CECA

En Allemagne de l’Ouest, Schuman a gardé les contacts les plus étroits avec la nouvelle génération de politiciens démocratiques. Karl Arnold, ministre-président de la Rhénanie-du-Nord-Westphalie, l’Etat qui comprenait la Ruhr, productrice de charbon et d’acier, était à l’origine le porte-parole des affaires étrangères allemandes. Il prononça un certain nombre de discours et diffusa des émissions sur une communauté supranationale du charbon et de l’acier en même temps que Robert Schuman commença à proposer cette Communauté en 1948 et 1949. Le Parti social-démocrate allemand, en dépit du soutien des syndicats et d’autres socialistes en Europe, a décidé de s’opposer au plan Schuman. La méfiance personnelle de Kurt Schumacher à l’égard de la France, du capitalisme et de Konrad Adenauer mis à part, il a affirmé que l’accent mis sur l’intégration avec une « Petite Europe des Six » l’emporterait sur l’objectif premier du SPD de réunification allemande et donnerait ainsi plus de pouvoir aux mouvements ultra-nationalistes et communistes dans les pays démocratiques. Il pensait également que la CECA mettrait fin à tout espoir de nationalisation de la sidérurgie et qu’elle enfermerait dans une Europe des « cartels, des clercs et des conservateurs ».Les membres plus jeunes du parti, comme Carlo Schmid, étaient cependant favorables à la Communauté et ont souligné le long soutien socialiste à l’idée supranationale.

En France, Schuman a bénéficié d’un fort soutien politique et intellectuel de la part de toutes les composantes du pays et de nombreux partis non communistes. Parmi ceux-ci, on peut citer le collègue ministériel André Philip, président du Comité des relations extérieures Edouard Bonnefous, et l’ancien premier ministre Paul Reynaud. Des projets pour une autorité du charbon et de l’acier et d’autres communautés supranationales ont été formulés au sein de sous-comités spécialisés du Conseil de l’Europe avant qu’il ne devienne la politique du gouvernement français. Charles de Gaulle, alors hors du pouvoir, avait été un des premiers partisans des « liens » entre les économies, aux termes français, et avait parlé en 1945 d’une « confédération européenne » qui exploiterait les ressources de la Ruhr. Cependant, il s’est opposé à la CECA en tant que faux pooling (« le pool, ce faux semblant ») parce qu’il la considérait comme une « approche fragmentaire » insatisfaisante de l’unité européenne et parce qu’il considérait le gouvernement français « trop faible » pour dominer la CECA comme il le jugeait approprié.De Gaulle estimait également que la CECA ne disposait pas d’une autorité supranationale suffisante parce que l’Assemblée n’avait pas été ratifiée par un référendum européen et il n’acceptait pas l’affirmation de Raymond Aron selon laquelle la CECA était conçue comme un mouvement s’éloignant de la domination américaine. De Gaulle et ses partisans du FPR ont donc voté contre la ratification à la chambre basse du Parlement français

Malgré ces attaques et celles de l’extrême gauche, la CECA a trouvé un soutien substantiel de l’opinion publique, et c’est ainsi qu’elle a été établie. Il a obtenu une forte majorité des voix dans les onze chambres des parlements des Six, ainsi qu’une large majorité dans les associations et dans l’opinion publique européenne. En 1950, beaucoup avaient pensé qu’une autre guerre était inévitable. Les intérêts de l’acier et du charbon, cependant, se sont montrés très éloquents dans leur opposition. Le Conseil de l’Europe, créé sur proposition du premier gouvernement de Schuman en mai 1948, a contribué à articuler l’opinion publique européenne et a apporté un soutien positif à l’idée communautaire.